La mutation du monde éducatif selon Michelle Laurissergues

Michelle Laurissergues, Présidente de l’association An@é, a piloté la première édition du Carnaval Numérique qui s’est déroulé à Paris le 18 mars à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Ouvert à tous et gratuit, l’événement a proposé une approche ludique du numérique au public qui a pu participer à des ateliers de création pour apprendre à coder un jeu vidéo, créer de la musique, fabriquer un QR Code… Nous l’avons interrogée pour revenir sur l’évolution de l’école et des apprentissages.

L’éducation pourrait-elle être en dehors de cette mutation ? Quelle école voulons-nous ?

 

Nous sommes à l’heure des choix. Les questions sont multiples, aussi multiples que les visages que nous pourrions donner à l’école en tant qu’institution :

Une école détachée des questions sociétales, économiques, culturelles … ou une école qui anticipe, réagit et propose ?

Une école de transmission, ou une école où enseignants et élèves co-construisent leurs savoirs ?

Un temps scolaire bien découpé en temps précis, ou un temps qui permet un continuum éducatif et une meilleure prise en compte des rythmes de vie des enfants et des parents ?

Une orientation vers des métiers à défaut ou un suivi personnalisé des compétences de chacun ?

Une formation limitée à une formation initiale et des informations en flux continu ou une formation sur mesure, incluant aussi les dispositifs numériques, tout au long du parcours professionnel ?

 

Qu’est-ce qu’enseigner à l’ère numérique ?

Le numérique apporte une vision transversale des questions, rend les informations accessibles, donne la possibilité à chacun de s’exprimer, de partager, de collaborer et d’apprendre.

 

Ceux qui utilisent le numérique dans leurs approches éducatives sont entrés dans une phase de maturité. Après un focus sur les questions techniques et le changement opéré par l’introduction de pratiques révolutionnées par des technologies, ils reviennent à une pédagogie revisitée : le fondement de « l’enseigner » et de « l’apprendre ».

 

Les pratiques utilisant le numérique sont aujourd’hui nombreuses : certains favorisent la recherche et l’utilisation d’informations dans un contexte d’éducation aux médias, d’autres pratiquent des pédagogies de projets où l’élève devient acteur de son apprentissage, utilisent les outils connectés du quotidien dans un contexte scolaire, utilisent les vertus du jeu, de la mise en scène des savoirs, ou encore les possibilités offertes par les médias sociaux.

 

Comment les enseignants se forment-t-ils à ces nouvelles pratiques ?

 

Les enseignants travaillent en communautés, se forment avec leurs pairs, créent ou utilisent les ressources transmédia, les plateformes d’échanges, les réseaux.

Chaque événement et formation en un point des territoires crée sur le net une chaîne immense d’idées et de ressources, dont des milliers de personnes s’emparent ensuite avec le fil du hashtag ou mot-dièse (#). Lors du Carn@val numérique « Même pas peur ! », 10 millions de clics ont ainsi été générés en 7 heures !

 

Le professionnalisme de chacun lui permet d’extraire ce qui convient le mieux à sa manière d’enseigner et d’apprendre : utilisation de classes inversées, blog, logiciels créatifs, outils en ligne, réseaux sociaux, objets connectés…  Toutes ces opportunités favorisent également un climat de confiance, d’autonomie et de créativité qui n’exclut en rien l’exigence de l’apprentissage.

 

Nous ne sommes qu’au début d’un processus irréversible

Français, maths, découverte du monde, apprentissage des langues, jeux éducatifs… : il est possible aujourd’hui d’enseigner avec des contenus diversifiés et qualitatifs, utilisables à l’école ou à la maison, depuis n’importe quel appareil connecté. Echanger, produire infos et images : c’est le quotidien de chaque adolescent avec son Smartphone.

 

Et c’est cela qui doit conduire notre réflexion : la mise en place d’un continuum éducatif entre le milieu familial, les espaces de médiation et l’école afin que les enfants ne soient pas livrés à eux-mêmes, sans que les conduites « à risques » ne soient abordées par leurs actions en projet réalisées et accompagnées dans le monde éducatif. Pas de moralisation, ni de longues heures à écouter les dangers… Mais une mise en situation d’utilisation des outils numériques avec un accompagnement réflexif.

 

Les interrogations de la société se posent sur l’intelligence artificielle, la réalité augmentée, l’accès à la culture via les réseaux et les nouveaux supports de diffusion, l’économie collaborative, l’articulation entre l’innovation, les ouvertures sociales, la décentralisation et les multi-disciplines croisées de la société, sur le transhumanisme. Les questionnements de l’école doivent se centrer sur la construction d’un citoyen formé à l’appréhension et la compréhension du monde dans toutes ses dimensions, en fait, le développement d’une culture humaniste en ce début du 21ème siècle.

Un article sur le Carnaval Numérique

Contact

À Propos

Contactez nous pour répondre 
à vos questions : 

contact@prog-en.com